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Duo au départ, étoffé ensuite par l'arrivée d'un batteur, LENA CIRCUS évolue dans un registre jazz qu'on l'on qualifiera de "tourmenté" et doté d'un certain attrait dès lors que l'on s'est donné la peine d'appréhender son univers sombre et singulier.
En outre, le trio constitué de Nicolas Moulin (guitar), Guillaume Arronville (drums) et Antoine Letellier (tenor sax, guitar) n'hésite pas à s'entourer de collaborateurs oeuvrant dans la même mouvance et là, c'est à un trio sobrement nomé "III" qu'ils font appel, celui-ci étant formé par Sfumato Di Barj(o) (voice), Kentaro Suzuki (double bass) et Duende Main Noire (electric baryton sax, percussions, samples). De cette association résulte un album que Nicolas définit comme étant le plus "free" de la -riche- discographie du groupe, enregistré live au studio du Splendid, à Paris, fin 2007. Sept morceaux captivants, de durée variable (on oscille en effet ici entre 4 et 11 minutes), mais dont l'intérêt ne se dément jamais, forment cet album d'une durée totale avoisinant les cinquante minutes.
C'est d'ailleurs un long format, "I spoke to the doctor" et ses 10:27, qui inaugure les festivités et ma foi, le fait de s'être adressé à un praticien es santé semble avoir agi de façon positive sur les capacités créatrices du trio. A la fois posé, dans un premier temps, puis de plus en plus troublé (l'apport de voix inquiétantes, dont je ne saurai dire s'il s'agit de voix réelles ou samplées, est ici un atout non-négligeable), obscur et grinçant, ce morceau d'ouverture ne se disperse jamais, en dépit d'un esprit délibérément libre, et la rencontre des deux formations s'avère en l'occurrence porteuse de bien bonnes choses. Et s'il exige de toute évidence un effort d'acclimatation, le climat élaboré par LENA CIRCUS affiche assez de singularité et d'originalité pour rallier l'auditoire, fut-il restreint, à sa cause.
Un côté ethnique et dépaysant caractérise le tout et cela se remarque sur "Chelidoine & Berberis", les saxos dressant une trame sonore remarquable et en versant jamais dans le démonstratif, loin s'en faut.
Au contraire, les musiciens privilégient le feeling, l'instinct, et s'embarquant à l'occasion dans des envolées agitées comme sur le début de "Smegma", autre morceau intriguant et qui use, à l'image de la formation, de son côté "dérangé" et presque noise pour retenir l'attention de façon durable et asseoir de façon définitive l'identité de LENA CIRCUS, stable en dépit des collaborations régulièrement effectuées. Sur ce titre, le fracas des instruments s'allie à des voix brèves et marquantes, tout en affichant au détour du morceau, quelques élans plus modérés qui contrastent joliment avec le reste.
Arrivent ensuite "The Walk (part one)" et "the Walk (part two)", le premier tout en retenue, le second nettement plus long et saccadé, nuancé avec à-propos, mais toujours porteur de ce climat "dark" habilement concocté par les musiciens. Le rythme s'emballe d'ailleurs sur les deux ou trois dernières minutes, confirmant l'adresse du groupe dans la juxtaposition d'atmosphères diverses et variées.
Enfin, "Vitrivian Censorship", retenu et semblant sur le point d'imploser, animé par ces voix décidément surprenantes et ce canevas instrumental sans réel équivalent, puis "Jazz Headed", à l'intro "jazz-noise" remarquable qui s'étend d'ailleurs que la totalité de la plage, achèvent avec maestria un album aussi difficile à appréhender que passionnant après qu'on soit parvenu à le "dompter" et, en tous les cas, hors-normes et générateur de sensations fortes et durables, ainsi que d'un plaisir musical auquel vient s'adjoindre un sentiment de malaise adroitement conçu par ses géniteurs. (23/09/2009)
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