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C'est bien quand un disque nous a échappé. Sa découverte a posteriori n'en est que plus délicieuse. Ce premier album de Manuel Bienvenu fait donc partie de ces oublis qui, quoiqu'il arrive, seront en leur temps rattrapés.
Elephant Home est tout, sauf un éléphant au milieu de notre salon. Il semble tout droit venu d'une époque lointaine où la campagne sentait le foin, la forêt la fougère, où l'air ne véhiculait au-dessus de nos têtes que des nuages mutins s'amusant à prendre des formes étranges ou marrantes. Une époque où l'on roulait en mini austin là-bas, en 4L ici. Celle où de doux dingues à barbes fleuries laissaient libre-cours à leurs envies farfelues et ouvraient les portes à leurs oiseaux, trop à l'étroit dans leurs boites craniennes. L'époque révolue où Robert Wyatt et Kevin Ayers inventaient leur pop planante ou allumée, les deux le plus souvent.
Oui, c'est tout cela qui ressurgit à l'écoute de l'album de Manuel Bienvenu, à l'écoute de ces dix chansons libres et d'une grande beauté, comme des plages désertes caressées par une douce brise, arpentées par une poignée de promeneurs habitués, léchées par quelques vagues paresseuses. D'autres fantômes hantent aussi le disque, Marc Hollis bien sûr, parfois le Pink Floyd, période More, et évidemment le grand Brian Eno. Jazz, folk, électronique discrète, littérature, silence essoufflé, tout se rencontre et se fond dans, j'ose l'écrire, ce chef-d'oeuvre qui, immédiatement, trouve sa place auprès de The Newton Plum, le premier et superbe album de Bed. (13/04/2006)
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